Organisée dans les locaux de l’ambassade étatsunienne à Madrid les 8 et 9 février, la rencontre sur le Sahara occidental a réuni tous les protagonistes du conflit — le Front Polisario, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie — à l’initiative du président Donald Trump. Celui-ci avait reconnu fin 2020 la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, en échange de l’établissement de relations diplomatiques entre le Maroc et Israël.
Sans désigner de vainqueur ni de vaincu, le président américain semble avoir entériné que la négociation ne portera que sur la proposition d’une autonomie, certes élargie, pour le Sahara occidental, écartant l’idée d’une indépendance.
Un « seul document sur la table »
Sept ans après les dernières négociations directes, l’administration Trump se montre bien décidée à clore le conflit du Sahara occidental. C’est d’ailleurs bien sous son égide que la rencontre a été placée, malgré la présence de Staffan de Mistura, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara.
La réunion avait pour objectif de parvenir à un accord-cadre d’ici le printemps. Le Front Polisario et l’Algérie, qui parlaient d’une même voix, ont évoqué, comme à leur habitude, l’autodétermination du peuple sahraoui. Or, les discussions portaient bien sur l’autonomie du Sahara au sein d’un Maroc souverain.
Contrairement à la résolution 2797 des Nations unies du 31 octobre 2025, qui appelait avec prudence à des négociations « prenant pour base » le plan marocain d’autonomie, les organisateurs de la rencontre ont précisé aux participants que le plan d’autonomie actualisé par le Maroc était « le seul document sur la table ».
À la différence du plan Baker proposé par l’ancien secrétaire d’État américain, l’autonomie n’est pas conçue comme une étape vers l’indépendance, mais bien comme une solution définitive : il n’y aura pas de référendum d’autodétermination.
Contrairement au plan proposé par le Maroc en 2007, qui ne comptait que trois feuillets, le projet discuté en comportait quarante, répartis en neuf chapitres et quarante-deux clauses. Cette refonte a été coordonnée par les conseillers royaux Taïeb Fassi Fehri, Omar Azziman et Fouad Ali Al-Himma.
Le plan prévoit la création d’une région autonome dotée d’un gouvernement, d’un parlement et d’une justice propres. Toutefois, Rabat conservera les droits régaliens : défense nationale, politique étrangère, monnaie, nationalité et symboles de souveraineté.
Le point de vue du Polisario
Si le Front Polisario et, en arrière-plan, l’Algérie semblent avoir accepté le principe d’une autonomie, des divergences persistent sur la répartition des compétences entre la région et l’État central.
Le Polisario, soutenu par Alger, défend l’autonomie la plus large possible, tandis que le Maroc plaide pour un modèle peu distinct des autres régions du royaume. Un bras de fer qui intervient dans un contexte où le rapport de forces apparaît favorable à Rabat, soutenu par Donald Trump.
Les concepteurs marocains ont insisté pour que les autorités autonomes agissent « dans le respect de l’unité de l’État » et de la « cohérence des politiques publiques nationales ». Ainsi, le chef du gouvernement régional serait nommé par le roi et non élu.
À l’inverse, le Front Polisario estime que l’exécutif régional doit tirer sa légitimité du suffrage universel. D’autant que, selon le projet, ce responsable disposerait de prérogatives importantes : direction de l’administration régionale, nomination des hauts fonctionnaires et initiative législative.
Le retour des exilés
L’autonomie dépendra aussi de la gestion des ressources naturelles. Riche en ressources halieutiques, en phosphate et en potentiel d’énergies renouvelables, le Sahara ne conserverait qu’une partie de ses revenus, selon un pourcentage restant à négocier.
Le contrôle financier resterait sous la supervision de la Cour des comptes du Maroc, tandis que les investissements étrangers seraient soumis à un double contrôle, régional et central.
Le plan prévoit également le retour volontaire d’environ 165 000 Sahraouis réfugiés à Tindouf, après vérification de leur identité par un comité dédié. Le texte précise qu’ils devront être désarmés et renoncer à la revendication indépendantiste. Une amnistie est envisagée, hors crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Exclure l’indépendance
Si le schéma d’autonomie vise à tourner la page de l’autodétermination, il reconnaît néanmoins l’identité sahraouie « hassanie ». Rabat prévoit la création d’un institut chargé de promouvoir cette langue et la culture associée, tout en l’intégrant dans l’identité nationale marocaine.
Pour le Maroc, accorder une autonomie trop large aux « provinces du Sud » risquerait d’encourager d’autres régions, notamment le Rif, à formuler des revendications similaires. Le royaume n’est donc pas disposé à évoluer vers un modèle fédéral.
Une fois négocié, le statut d’autonomie serait soumis à un référendum national concernant l’ensemble des Marocains, et non uniquement les habitants du Sahara — une approche que contestent le Front Polisario et l’Algérie.
