Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali

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Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali

Par la rédaction de Africaintelligence — 2026
Nord du Mali
Le général Gamou, en tournée à Aguelhoc, en novembre 2025.

Le théâtre du conflit dans le nord du Mali connaît ces dernières semaines une activité réduite. Les hostilités se limitent essentiellement à des attaques à distance contre les convois militaires de ravitaillement. Sur les axes empruntés, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent toutefois d’être accusés d’exactions contre des civils.

C’est une guerre sourde. Aucun des belligérants ne semble pressé de relancer une confrontation ouverte. Faute de moyens décisifs ou dans l’attente d’un rapport de force plus favorable, les djihadistes d’Iyad Ag Ghali, les FAMA appuyées par leurs supplétifs russes et locaux, ainsi que les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA), s’observent davantage qu’ils ne s’affrontent.

Les djihadistes du GSIM affaiblis

Plusieurs observateurs estiment que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) traverse une phase d’affaiblissement dans la région. La reprise par les FAMA de zones clés, dont Kidal et les axes de repli vers l’Algérie, a compliqué les mouvements d’Iyad Ag Ghali.

Le gouvernorat de Kidal a été confié au général Elhadj Gamou, adversaire historique du chef djihadiste. Selon certaines sources, près de 2 000 soldats russes seraient présents dans la zone. L’usure des combattants et la pression militaire régionale contribuent également à la baisse d’intensité des opérations.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a recensé plus de 184 000 réfugiés maliens en Mauritanie à fin janvier 2026, principalement originaires du nord et du centre du pays, signe de la persistance de l’insécurité.

S’éloigner des itinéraires russes

Comme les mouvements djihadistes, les convois des FAMA et de leurs alliés russes restent régulièrement pris pour cible sur les axes Kidal-Gao, Kidal-Aguelhoc-Tessalit et Gao-Ménaka. Sur ces pistes, les unités sont souvent guidées par des éléments proches du général Gamou.

En marge de ces opérations, plusieurs incidents impliquant des civils ont été signalés. Des patrouilles d’Africa Corps sont accusées d’avoir visé des nomades touareg et arabes, parfois par simple suspicion.

Le 23 janvier, une patrouille de sept véhicules a tué un octogénaire dans la vallée d’Eghachar Sadidan. Trois jours plus tard, deux jeunes Touaregs ont trouvé la mort à Amrouche, dans la région de Tombouctou.

Un FLA à deux têtes

Le Front de libération de l’Azawad semble lui aussi privilégier l’observation. Depuis la chute de Kidal, sa structure apparaît plus fragmentée entre la composante issue du HCUA, proche d’Iyad Ag Ghali et organisée depuis l’Algérie, et l’aile MNLA, plutôt implantée en Mauritanie.

Malgré une forme de trêve actée au printemps 2024 entre certains groupes touaregs et le GSIM, la méfiance reste forte, nourrie par le précédent de 2012 lorsque les alliances avaient rapidement volé en éclats.

Double attaque le 18 février

Le 18 février, une attaque de drones kamikazes attribuée au FLA a visé deux véhicules des FAMA et d’Africa Corps entre Anefis et Kidal. Le même jour, le GSIM a frappé un autre convoi près d’Aguelhoc à l’aide d’un engin explosif improvisé, tuant six membres de l’escorte.

Dans la région de Tombouctou, un convoi russo-malien a également été accusé d’avoir tué trois éleveurs touaregs le 14 février dans le secteur de Tin-Djarane.

Dans son rapport annuel 2025, le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad évoque une « intensification préoccupante des violences contre les civils », recensant 374 incidents graves et plus de 550 morts.

Selon ce document, les violations incluent exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, actes de torture, pillages et violences sexuelles. Une part importante des victimes — notamment femmes et enfants — aurait péri lors de frappes de drones.

Dans ce contexte de guerre à basse intensité, le nord du Mali demeure figé dans un équilibre instable où chaque acteur semble attendre l’erreur de l’autre plutôt que de provoquer l’affrontement décisif.

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