Faustin-Archange Touadéra en Centrafrique : 2016-2026, les secrets d’une décennie de pouvoir
Au pouvoir depuis 2016, le président Faustin-Archange Touadéra a été réélu le 28 décembre 2025 dès le premier tour d’un scrutin sans véritable suspense. La réforme constitutionnelle de 2023, supprimant la limitation à deux mandats, lui a ouvert la voie à une nouvelle candidature. Crédité officiellement de 78 % des voix, il devance largement l’opposant Anicet-Georges Dologuélé, qui conteste les résultats.
Le scrutin, couplé aux législatives et aux élections locales, s’est globalement déroulé dans le calme, malgré des perturbations dans le sud-est, notamment à Bambouti où une milice liée à Wagner a empêché la tenue du vote.
En dix ans, Touadéra a réussi à rétablir un niveau de sécurité inédit depuis la troisième guerre civile, avec l’appui déterminant de partenaires russes et rwandais. En 2020 encore, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), liée à l’ancien président François Bozizé, menaçait Bangui.
Aujourd’hui, la majorité du territoire est repassée sous contrôle étatique. Toutefois, cette stabilisation reste fragile et largement dépendante de soutiens extérieurs.
Sur le plan politique, la nouvelle Constitution renforce nettement les prérogatives présidentielles et alimente les critiques d’une dérive autoritaire. L’opposition dénonce des pressions judiciaires, des arrestations ciblées et un affaiblissement progressif de l’espace démocratique.
Le boycott du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC) a entaché la portée inclusive du scrutin, même si certains opposants ont finalement participé.
Le bilan économique demeure contrasté. Dans ce pays enclavé, le coût élevé du carburant alimente l’inflation et renchérit les produits de base. L’accès à l’eau, à l’électricité et aux services de santé reste très limité hors de Bangui.
Si des infrastructures ont été construites, la population de l’arrière-pays continue de faire face à une forte précarité, terrain propice au recrutement par des groupes armés.
Les effectifs des Forces armées centrafricaines ont fortement augmenté depuis 2016. Toutefois, des défis majeurs persistent : représentativité ethnique contestée, discipline inégale et dépendance logistique vis-à-vis de la Minusca.
Dans certaines zones, des éléments des FACA sont eux-mêmes accusés d’exactions et de pratiques prédatrices, sur fond de salaires irréguliers.
L’arrivée des instructeurs russes puis des forces rwandaises a profondément modifié l’équation sécuritaire. Leur action a permis de reprendre plusieurs bastions rebelles, mais au prix d’accusations récurrentes d’exactions contre les civils.
Ces partenariats sécuritaires s’accompagnent de contreparties économiques, notamment dans le secteur minier, ce qui alimente les critiques d’une dépendance croissante de Bangui.
Le 8 octobre 2025, une communication a été déposée auprès du Bureau du procureur de la Cour pénale internationale visant le président Touadéra, certains membres de son entourage et des responsables liés au groupe Wagner pour des faits présumés de crimes contre l’humanité et crimes de guerre depuis 2018.
Le dossier, fondé sur plusieurs dizaines de témoignages et des données d’organisations spécialisées, évoque notamment des exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées et violences sexuelles. À ce stade, aucune procédure formelle n’a été ouverte.
Malgré les progrès sécuritaires, de nombreuses fragilités persistent : dépendance aux forces étrangères, tensions communautaires non résolues, opposition affaiblie et économie sous pression.
Après une décennie au pouvoir, Faustin-Archange Touadéra a incontestablement consolidé son emprise sur l’appareil d’État. Reste à savoir si cette stabilité apparente pourra se transformer en consolidation durable ou si elle masque des vulnérabilités susceptibles de ressurgir à moyen terme.
